On mange ce qu’on est

Pour ou contre la laitue iceberg ?

Par Caroline Décoste et Mathieu Charlebois de Vas-tu finir ton assiette

Pour ou contre la laitue iceberg ?

Si on vous dit laitue iceberg, à quoi pensez-vous ? La moitié d’entre vous ont l'eau à la bouche à la seule évocation de ce légume béni. Les autres étaient tellement occupés à détester ce « légume » qu’ils ont glissé dans votre petite flaque d'eau de bouche et ont maintenant une raison de plus de haïr la iceberg.

Qui a raison ? Pour le savoir, Recettes d’ici a invité deux éminents spécialistes de la batavia américaine (c’est son vrai nom). Dans le tiroir à légumes des icebergophiles pro-laitue : Mathieu Charlebois. Et dans le coin où les laitues se cachent pour mourir : l’anti-iceberg, Caroline Décoste. Chaque pugiliste aura droit à un argument en entrée, pendant que son opposant pourra lui couper la parole pour y aller d'un brillant trait d'esprit (ou d'une niaiserie, selon ce qui est disponible). Un contreargument sera servi en plat principal, et vous pourrez faire votre choix de conclusion en dessert avant de recevoir la facture.

Pis on s’attend à un bon pourboire. – Caroline et Mathieu, armés de leurs mitaines de four

CAROLINE, CONTRE : si l'ennui poussait dans les champs

Saviez-vous que la laitue iceberg a été nommée ainsi en l’honneur du glacier qui a percuté le Titanic ? En effet, bien des gens préféreraient mourir noyés dans l’eau glacée plutôt que de manger des feuilles de polystyrène humides. C'est faux, mais ça reste moins mensonger qu'une iceberg qui fait semblant d'être appétissante.

T'es tellement de mauvaise foi ! Si on faisait naufrage ensemble, moi aussi je dirais qu’il ne reste plus de place sur la porte. – Mathieu « Rose » Charlebois

D’après les études publiées dans l'aussi-prestigieuse-que-pas-du-tout-fictive revue scientifique Laitues d'aujourd'hui : Perspectives contemporaines sur la salade du XXIe siècle, sous la supervision du docteur irlandais Paul Goûte O’Rien, la batavia est issue de multiples croisements de spécimens soigneusement sélectionnés pour leur absence de saveur, un peu comme chaque membre du quintette folk résident de votre bar de banlieue préféré.

MATHIEU, POUR : goûter peu, mais goûter mieux

C’est vrai, elle n’est pas exactement un festival du goût. Si un radis, c’est un spectacle sur les Plaines avec des lasers, des explosions et un gros cochon gonflable, une feuille de iceberg, c’est le show acoustique d'un clarinettiste asthmatique. Selon les spécialistes de l’Institut du légume de Reykjavik, là où on s’y connaît autant en laitue qu’en iceberg, ce manque de goût est en fait un avantage. « Tu ne peux pas goûter mauvais si tu ne goûtes rien », m’a expliqué la professeure Söceranchdóttir.

Et tu ne peux pas avoir un mauvais argument si t’as pas d’argument ? – Caroline Descartes

La force de la iceberg est ailleurs que dans le goût. Pain mou, condiments mous, tomate molle, boulette molle, ICEBERG CROQUANTE ! Boum, bang, CROUNCHE ! La batavia, c’est l’arme secrète du cheeseburger, la surprise qui donne une raison de vivre à nos dents.

CAROLINE, CONTRE : mange ta main, t’auras l’autre comme lunch

Saviez-vous qu’il se consomme, chaque année, pas moins de zéro tonne de laitue iceberg ? C’est en effet la seule laitue produite exclusivement afin d’être oubliée dans le frigidaire. Des 24 millions de tonnes produites chaque année dans le monde, il y en a une assez bonne quantité (on va dire, au pif... 23,9 millions de tonnes) qui finit par virer au rose saumon dans le tiroir de gauche. Nul besoin de souligner que cette teinte ne deviendra jamais couleur de l’année.

Ça commence en laitue et ça finit en couleur. C’est un légume ET c’est de l’art. Iceberg, y a-t-il quelque chose que tu ne sais pas faire ? – Mathieu

La seule qualité de la laitue iceberg, c’est qu’elle tient bien les ingrédients, pour un wrap par exemple. Mais un essuie-tout, ça tient bien les ingrédients. Une main aussi.

MATHIEU, POUR : la laitue, c’est la vie

De l’eau, de la fraîcheur, du croustillant : la iceberg n’est pas un légume, c’est une célébration de la vie !

Si c’est comme ça que tu célèbres la vie, je ne t’engagerais pas pour organiser le show de la Saint-Jean sur les Plaines. Ça va finir en feux de Bengale dans un demi-sous-sol de Vanier. – Caroline

Il en va de la laitue iceberg comme de la vie : pour qu’elle goûte quelque chose, il faut la savourer bien accompagnée. [Laisser une pause, pour que le lecteur ait le temps de faire « hoooo… que c’est bien pensé » et… on continue.] Trouvez des amis à votre iceberg. Une sauce ranch pour partir en road trip avec elle. Une rémoulade pour jouer aux p’tites autos avec dans le sous-sol. Une vinaigrette acidulée appelée Caroline avec qui écrire des textes rigolos sur des sites de recettes.

Le verdict

Pour clore ce débat, nous avons pensé proposer la seule chose capable de rallier tout le monde, soit une délicieuse recette à base de laitue iceberg. Mais oupelaï, bien qu'elle fasse une brève apparition dans cette crème de légumes, Recettes d’ici n’en a malheureusement pas (ENCORE) la mettant en vedette.

C’est parce que le site est tenu par des gens de goût. Bravo, Recettes d’ici ! – Caroline

Ce n'est sûrement qu'une question de temps. En attendant l'arrivée de la salade prodigue, rien ne vous empêche d'être créatif et de troquer la laitue Boston de n’importe laquelle de ces recettes contre la laitue de la discorde.

Qui sont Caroline et Mathieu ?

Quand ils ne se battent pas virtuellement à coups de mitaines de four, ces lurons aussi gais et moelleux que le pain coécrivent le blogue humoristicoalimentaire Vas-tu finir ton assiette. Quand, à l’épicerie, vous vous demandez « mais qui peut bien acheter cette cochonnerie ? », la réponse est invariablement « Caroline et Mathieu ». Ils y goûtent, ils en rient.

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